RETOUR DE FEMME

Wide Awake in Dreamland

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Tout est dit dès "All Fired Up" lorsque PAT BENATAR hurle : " Now, I got a new fire/burnin' in my eyes". Un feu neuf, en effet, anime pour le moins celle que l'on croyait perdue pour la cause du Rock pour raison de maternité et pouponnage assidu. Vrai, c'est le retour de la flamme fatale que signale à l'envi cet album incandescent. Il faut dire que, à l'inverse de pas mal d'autres divas actuelles, l'appartenance de PAT BENATAR au Rock pur et vrai n'a jamais fait aucun doute. Elle n'a jamais vraiment eu le tempèrament porté vers la variété et les madonnetteries. Il n'est donc pas étonnant que, lorsqu'elle se remet à la musique au sortir des Pampers, son fichu caractère de femme-riff reprenne naturellement le dessus.

Cela dit, rien ne serait plus faux que de relier encore PAT au Hard Rock comme on put le faire jadis. Sous la houlette de son guitariste et compositeur de mari, Neil Geraldo, PAT a joliment évolué et su sortir des recettes toutes tracées et du tir téléguidé d'un certain Heavy FM pour accéder à une musique plus diverse, plus chatoyante, mais, et c'est là l'important avec la même dose d'énergie fauve qu'auparavant.

A cet égard, des morceaux comme le lyrique " Too Long A Soldier" où le paradoxalement torride "Cool Zero" viennent rappeler que PAT fut longtemps considérée comme "la" Springsteen incontéstée. C'est encore vrai à présent, et notre Maman Rock dégage autant que le Boss, mais tout aussi fémininement que l'autre vous la fait à la virile. Au niveau du discours aussi, on peut noter que PAT a bien changé en 3 ans, et ses textes à l'idéalisme un peu rose, mais cernés de noires inquiétudes, sont typiques de quelqu'un qui est passé par l'accouchement : une mère peut vous affirmer des choses qu'une midinette est incapable de ressentir.

Or, PAT BENATAR, n'est pas une midinette, loin de là. Son Rock possède toujours une fameuse carrure et si sa voix roucoule parfois, la plupart du temps, elle rage, èructe et se brise sur les rythmiques têtues et des guitares acides. Un feu puissant, ce feu dont nous parlions plus haut, circule en effet dans le moindre morceau, et même les moments de calme, comme " One Love", "Don't Walk Away", "Suffer The Children", ont le traître ronronnement de la braise qui veille. Ce qui ne devrait pas les empêcher de faire des hits et du dollar, mais l'esprit Rock persiste dans ces fausses douceurs au miel âcre, et c'est bien l'attrait majeur de ce que propose ici la BENATAR.

Quant à ceux qui se demandent ce que l'on peut bien attendre en 88 d'une vieille mère de famille comme elle, qu'ils écoutent cet album et ils se rendront compte que la plupart des Gisquettes trémoussantes et ripolinées que l'on adore pour l'heure sont bien miévres et bien transparentes en regard de cette femme chair et feu qui a toujours su que des 2 mots " Rock Star" c'est le premier qui doit peser plus lourd que le second.

HERVE PICART
BEST 1988

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