La panthère noire : Pat Benatar

Avec sa voix haute et vibrante, son regard sombre sous un sourcil dur, Pat Benatar est devenue en trois ans la rockeuse de choc n° 1. Et avec les attitudes de "Tought girl", la créature indépendante, agressive, qui furent, dès ses débuts, son image de marque, rien d’étonnant si elle est devenue la nouvelle reine du hard! Ce sex-symbol pourtant ne fait pas fantasmer qu’un public masculin : les dactylos et les gamines de banlieue s’identifient à cette sirène de rêve brutal, à cette pin-up qui cherche plus à conquérir qu’à séduire (du moins en apparence). A Paris pour l’un des derniers concerts de l’hippodrome de Pantin, on voyait beaucoup de couples hard-rockeux, tendrement unis, image touchante dans l’adoration de la star Benatar.

Elle est arrivée sur scène panthère noire bondissante, minijupe fendue sur des cuisses gaines de nylon noir avec une réelle présence scénique ; derrière elle, Neil Geraldo son homme et tous les autres musicos besogneux mais efficaces du moins pour ce parterre de buveurs et buveuses de bière fascinés par la diva sans peur et sans reproche des hits parades made in USA.

Dans la vie de tous les jours, cette Wonderwoman version rock est une petite bonne femme américaine, gentille et insignifiante, comme il y en a des millions au pays de l’oncle Sam.
Elle porte des jeans délavés un peu large, des sweat-shirt roses ou bleu pale, rien a voir avec toute la frime sexy qu’elle assume sur la scène. Ce qui la distingue de toute les autres, ce qui fait que
Pat Benatar est une star, c’est qu’elle a eu le courage d’incarner ce fantasme, comme elle l’affirme avec lucidité :

"je n’étais pas du tout préparée à jouer du rock ; j’aurais du être maîtresse d’école (j’adore les enfants), ou vétérinaire (j’adore les animaux)....j’ai essayer de faire du théâtre et de la chanson ; et chanter avec un groupe de rock, pour moi, c’était comme jouer un rôle ; endosser un personnage que je n’ai jamais été, mais que j’ai toujours rêver d’être. Comme si je réalisait un fantasme".

Ce petit jeu qu’elle n’aimait pas beaucoup, elle avoue à ses débuts elle a fini par l’assumer ; au point qu’elle déclare aujourd’hui s’exprimer réellement à travers le rock, de manière de plus en plus personnelle : "Mon dernier disque Get Nervous est le plus franchement autobiographique"

Et puis cette chanteuse qui autrefois se produisait devant une équipe d’instrumentalistes anonymes à fini par se retrouver liée à un groupe ; elle à appris la dure réalité du rock, la vie artificielle et épuisante des tournée qui dévorent à peu près huit mois sur douze, et qui cimentent les groupes - quand elle ne les détruisent pas.

Lorsqu’elle ne règne pas sur des foules d’admirateurs béats, Pat Benatar, se retire dans sa maison de San Fernando Valley pour y mener une vie un peu végétative, auprès de Neil Geraldo : "Je sors peu, je lis peu, j’écoute très peu de musique...juste de temps en temps à la radio"....Entre une image de panthère super-sexy et une existence de jeune femme ordinaire, elle a réussi sa double vie.

D’ailleurs, à la fin de cette tournée 1983, n’a-t-elle pas annoncé publiquement son intention de se retirer quelques mois, dans le confort et le calme, sous le soleil de Californie, pour y faire un enfant, tout simplement?

 

Extrait du livre : l’année du rock 83*84 de Paul et Marjorie Allesandrini.

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