PAT BENATAR :
Sur Les Nerfs
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Hmmm, voilà la féline de retour, et les mères de famille ne vont plus rien comprendre à l'étrange conduite de leurs garçons et à ce singulier rut automnal que va entraîner, comme chaque album de PAT, ce "GET NERVOUS". Parmi toutes les rockeuses, la BENATAR semble de fait jouir d'un attrait particulier, et ce nouveau disque en explique assez les raisons. Dans le nombre croissant des filles qui se vouent au rythme, il y a plusieurs catégories : les rudes copines à la "Girlschool" ( pas bien jolies, mais sympathiques; un peu frustrantes cependant côté sensualité), les stars et starlettes à la " Blondie" ( magnétisantes celles-là, mais bien distantes et un tantinet préfabriquées, pour fiançailles gonflables ), les "Divas" carnassières qui font un peu peur, les pommées des petits matins et autres bohémiennes à la "Patty Smith" et puis un nombre conséquant de jeunes femmes qui font le Rock comme d'autres le trottoir. D'un côté ou de l'autre, nos amours ne sont pas toujours parfaites : quand l'oeil se régale, c'est le Rock qui se languit; quand la musique explose, c'est la chair qui s'ennuie. Sauf dans le cas de PAT BENATAR.

Ce " GET NERVOUS" montre tout d'abord à quel point cette fille et son Rock sont en harmonie : elle est attractive, mais ne joue pas les racoleuses, elle émoustille plutôt qu'elle ne se prostitue, son Rock, américain en diable, fauve et velours, en fait tout autant. L'équilibre est parfait et le miroir du Rock assure à PAT qu'elle est bien la plus belle. C'est ce qui est le premier charme de PAT : la musique vaut la plastique au lieu d'être un alibi. Son second pôle magnétique est d'avoir su concevoir un Rock parfaitement sensuel au lieu du Hard-Rock-Core attendu. Si PAT BENATAR nous met ainsi sur les nerfs, c'est parce-qu'elle invite sans cesse et se refuse toujours un peu. Il y a quelque chose d'à la fois éruptif et bien sage dans son Rock ( ce qui est aussi évident dans sa façon finalement fort "rangée" de se montrer sur scène ), et voilà ce qui crée la tension dans ses disques. De plus, elle a eu la finesse de ne pas poursuivre trop longtemps sa stratégie de midinette du hard, de Vénus des riffs, pour s'adonner, comme c'est le cas ici, à un rock plus varié, plus diversement coloré, où la pression est certes toujours bien présente, mais où la diversité des séquences et des arrangements, proches de Foreigners ou de Springsteen, crée un homologue parfait à l'érotisme subtil de la jeune personne, alors qu'un hard pur et dur eut paru trivial et finalement moins en accord avec la personnalité de PAT.

Tout est donc ici admirablement pesé et dosé, pour un plaisir de qualité. Du coup, PAT BENATAR semble placée sur une trajectoire bien stable qui va faire d'elle une institution à la Springsteen (mais, heureusement pour elle, pas un Springsteen au féminin) et où chaque album sera désormais synonyme de Rock sûr et infaillible, de rendez-vous réguliers avec un talent qui n'a plus rien à faire des modes.

Hervé Picart.

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