PAT BENATAR : " Tropico "

Extrait du magazine Best 1984.

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 Comme on vous le laisse entendre ailleurs dans ce même numéro, ce nouvel album de Pat Benatar n’a pas grand chose à voir avec ses cinq prédécesseurs. Pat a-t-elle voulu tourner la page du Hard FM ou simplement faire une petite incursion hors de ses habitudes musicales ? seul l’avenir le dira.

Pour l’heure, force est de constater que l’on ne retrouve dans " Tropico " rien de ce qui était coutumier de notre diva. Le hard est presque absent, remplacé par une musique plus subtile aux arrangements davantage diversifiés, aux couleurs sonores variées. En fait, par un amusant revers des choses, " Tropico " aurait pu être signé Blondie sans qu’on eût rien trouvé là d’étonnant.

C’est dire si notre chère Pat a opté pour un registre résolument plus pop, là ou l’électronique et les percussions modernistes l’emportent cette fois sur les riffs de guitare, et où l’esprit de romance s’impose à celui de ruade. Et cela sied évidemment fort bien à cette envoûteuse née.

Certes ceux qui aimaient Pat pour le hard plus que pour elle-même seront un tantinet désappointés. Mais comment résister à cette voix superbe portée par un rock diaboliquement agencé, produit avec luxe et astuces.
 
Tropico contient d’ailleurs une bonne fourrée de hits potentiels, de " We Belong " à " Ooh Ooh song " qui risquent de faire autant de remous que " Shadows of the nignt "

Si dans l’entreprise, Pat a donc perdu sa force de frappe, elle y a par contre beaucoup gagné en maturité musicale, en séduction aussi, et " Tropico ", s’il est incontestablement différent, n’est en rien inférieur à ses prédécesseurs. "

Hervé PICART

Message de la Webmaster : j'ai mis des critiques négatives sur Pat par souci d'objectivité et aussi pour vous montrer la bêtise de certains journalistes peu visionnaires puisque l'on constate que 25 ans après Pat est toujours dans le milieu.

"Tropico"

Critique parue dans Rock & Folk, n° 214, Décembre 1984

J'imagine que Pat Benatar est le type même de la brave fille, désireuse de bien faire. Monsieur Chrysalis n'a d'ailleurs pas à se plaindre d'elle, ses cinq albums précédents (sur cinq!) ayant reçu la suprême consécration du platine (et des platines) aux Etats-Unis. Sans même parler du reste du monde…

Seule touche dissonante au milieu du concert de bravos l'accueillant dès qu'elle ouvre la bouche, ces satanés critiques qui demandent de chaque disque sinon le grand frisson, au moins un léger chatouillis dans le bulbe rachidien – ou plus bas. Et ça, manque de chance, ce n'est pas vraiment son rayon. Elle est plus à l'aise avec des chansons agréables au premier degré, musclées au fond mais avec une touche de modernité qui flatte l'oreille, et des refrains faciles à fredonner – en les estropiant – pour ses fans.

Est-ce pour faire plaisir à ces peine-à-jouir professionnels? Est-ce l'approche de la maternité – le petit est attendu pour mars?Toujours est-il qu'elle s'est mis en tête de "ne plus faire de trucs de rock 'n' roll hard ou de chansons vraiment pop", mais "des chansons qui ont un peu plus d'impact émotionnel". Compréhensif, son compositeur, producteur et guitariste attitré, Neil Geraldo (par ailleurs son mari) a suivi ses desiderata. Et l'a précipitée vers la catastrophe, à mon avis. D'abord parce que si ce disque est bien arrangé, jusqu'à la subtilité, les chansons ne valent pas tripette – on se surprend souvent à chercher où est la mélodie. Et ensuite parce que si Pat est l'heureuse détentrice d'une voix typée, acide et un brin nasillarde, et d'une justesse irréprochable, elle n'est pas une grande interprète, quelqu'un qui sache à la fois servir la chanson et la distordre pour l'adapter à sa sensibilité personnelle. On chercherait en vain ici l'un de ces petits accidents d'interprétation, de ces dérapages microscopiques qui insufflent vie et émotion à une voix. Si bien que lorsqu'elle se met à évoquer – à distance respectueuse – Marianne Faithfull ("We Belong"), Linda Ronstadt ("Temporary Heroes") ou les Motels ("Takin' It Back"), la comparaison lui est à chaque fois défavorable, ne possédant ni la déchirure intérieure de la première, ni le velouté de la seconde, ni la sensualité retenue de la troisième. Avec pour conséquence de rendre "Tropico" rapidement ennuyeux, son atmosphère feutrée jusque dans les coups de griffe s'avérant fade en définitive. Unique certitude, si la Benatar cherche à se renouveler, le salut n'est pas à chercher dans un style Sixties beat, ce qu'atteste "Ooh Ooh Song", seul rock uptempo du lot, pourtant sympathique avec son orgue Vox millésimé et un chorus d'harmonica graisseux, dans lequel elle semble chercher à se tailler tant bien que mal une petite place. Le problème du reclassement paraît aussi crucial pour la Diva plastique que pour les ouvriers de la métallurgie ou de l'automobile. Sans qu'aucun gouvernement autre que celui des programmateurs de radio puisse y faire quelque chose, dans son cas.

Thierry CHATAIN

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